Bon Business en 2012 !

L’année 2011 a été économiquement difficile et 2012 s’annonce comme une année plus qu’incertaine.

La situation macroéconomique :

L’économie américaine semble se redresser, sa capacité de résilience rapide est à nouveau à l’œuvre, même s’il faut rester prudent, il peut ne s’agir que d’un impact de facteurs saisonniers. Tout de même, selon l’enquête mensuelle ADP publiée le jeudi 5 janvier 2012, 325.000 emplois ont été créés dans le secteur privé en décembre (après 204.000 en novembre), les secteurs manufacturier et des services retrouvent la croissance (selon les indices ISM), rebond de la production industrielle, progression des dépenses de détail (donc de la confiance des consommateurs).

En Chine les analystes pressentent la fin prochaine de l’hyper croissance, l’année 2011 s’étant terminée sur un dernier trimestre affichant une dégradation des exportations (les acheteurs américains et européens cherchent à se désendetter) et en interne (inflation, emballement du crédit et solidité du système financier qui interrogent, d’où une politique monétaire plus restrictive, dégonflement en douceur de la bulle immobilière, dégradation environnementale et transition politique prévue en 2012). L’année 2012 est donc une année à risque pour la Chine.

En France, selon une étude de COE-Rexecode, la compétitivité externe de la France s’est encore dégradée en 2011 (le made in France perd encore du terrain à l’export) et, malgré un sursaut à Noël dans les centres commerciaux et sur l’e-commerce, la consommation s’enraie et les mesures d’austérité votées et à voter pèseront sur le pouvoir d’achat en 2012. Les agents immobiliers anticipent un recul de 10% à 15% du nombre de ventes de logements anciens (l’heure est à la hausse des taux des crédits immobiliers) et côté prix, ils s’accordent pour exclure toute hausse, la Fnaim anticipant une légère décrue. Dans le neuf, l’année 2011 a été bonne pour la construction de logements neufs mais celle-ci est menacée pour 2012 (les permis de construire, qui préfigurent les mises en chantier, stagnent depuis octobre 2011). Le plus inquiétant concerne la désindustrialisation (en 3 ans, la France a perdu 100.000 emplois et 900 usines) et l’accélération de la hausse du chômage (+ 30.000 demandeurs d’emploi en novembre et + 140.000 depuis le 1er janvier 2011). Un sommet social est prévu sur le sujet le 18 janvier.

Pour la zone Euro, l’année 2012 s’annonce comme l’année de tous les dangers sur les marchés. En effet, avant la fin mars, les pays de la zone Euro vont devoir refinancer 220 Milliards d’Euros de dette (l’Italie à elle seule va devoir emprunter l’équivalent de 24% de son PIB en 2012, autant dire que les marchés vont avoir les yeux rivés sur la botte italienne). Cette dette européenne va-t’elle trouver preneur ? Pour placer leurs liquidités, les emprunteurs vont-ils se tourner vers l’Europe, et/ou le Royaume Uni et/ou les Etats-Unis ? Vont-ils exiger des rendements toujours plus élevés pour compenser les risques ? (occasionnant l’asphyxie des débiteurs). Là sont les vraies questions car la crise, loin d’être enrayée, continue de s’aggraver (la situation en Grèce est loin d’être réglée, le doute sur le remboursement des dettes du Portugal, de l’Espagne, de l’Italie et maintenant de la France demeure). Il est cette fois tout à fait envisageable (même si ça ne l’était pas il y a encore quelques mois) que la dette de la zone Euro ne trouve pas preneur, surtout si l’Allemagne et la Bundesbank restent inflexibles et s’arc-boutent sur leur position d’interdire à la BCE d’être prêteur en dernier ressort.

Et pour ajouter au catastrophisme ambiant, le marché mondial du chocolat est guetté par la pénurie (Barry Callebaut, le leader mondial des produits à base de cacao, s’attend à un doublement des prix de sa matière première aux cours des 10 prochaines années…).

La situation boursière :

Côté bourse, la période des fêtes a été profitable aux valeurs fortes, qui ont grimpé, et détestable pour les valeurs faibles, qui ont baissé, ce qui est le signe d’un marché figé. Tout le monde s’interroge, personne ne bouge, même si les grandes entreprises s’apprêtent à verser 37 milliards d’Euros de dividendes à leurs actionnaires (les ¾ des membres du CAC 40 augmenteront ou maintiendront leurs dividendes en 2012) et que les rachats d’actions ont doublé en 2011. Rappelons que la vraie protection de l’actionnaire par ces temps troublés tient à la pérennité du dividende, voire de sa hausse régulière.

En terme de baisse des valeurs à fort rendement, l’année 2011 a fait très mal aux actionnaires de France Télécom, Vivendi, Veolia, GDF Suez, AXA, Bouygues, Peugeot (les constructeurs automobile français ont fortement reculé sur leur marché intérieur en 2011 et on apprend un changement d’équipe surprise à la tête de PSA Peugeot Citroën), EDF (le post Fukushima n’oblige pas à fermer de centrales en France mais l’Autorité de Sûreté Nucléaire impose de lourds travaux qui pourraient coûter de 10 à 15 Milliards d’Euros à EDF, à noter tout de même qu’EDF a enfin réussi à s’emparer de l’électricien italien Edison, portant sa participation à plus de 80% et cédant en échange Edipower, une filiale à 50% d’Edison qui regroupe 9 sites de production). Par contre, en terme d’augmentation des dividendes, l’année 2011 a été très profitable aux actionnaires de Safran, PPR, LVMH, Technip, Essilor, Pernod Ricard, Legrand, Sanofi, Air Liquide, Danone, L’Oréal, Publicis.

A noter que les valeurs américaines reviennent dans le palmarès des plus grosses capitalisations mondiales avec en tête EXXON MOBIL 406 Milliards de dollars, APPLE 376, MICROSOFT 218, suivies de la Chine (PETROCHINA 277 Milliards de dollars, IBC 228). Seul ROYAL DUTCH SHELL se maintient (236 Milliards de dollars) derrières ces valeurs américaines et chinoises.

Quelle stratégie de placements pour 2012 ? 

Version (très) pessimiste (extrait de « France, la faillite ? de Philippe Herlin) : si l’on anticipe une vraie crise systémique, il faut privilégier en premier lieu l’immobilier car dans les zones à forte demande cela constitue toujours un capital valorisable. Investir dans une terre agricole ou simplement cultiver son jardin (le phénomène apparaît aux USA). L’or bien sûr, même si ce n’est pas à la portée de toutes les bourses (compter 30.000 € pour un lingot et environ 200€ pour un Napoléon) sachant que le dépôt de l’or en banque est aussi risqué que de confier ses liquidités. Garder chez soi un « matelas de sécurité » car une crise entraînerait le gel des avoirs et le contingentement des retraits d’argent dans les distributeurs. A contrario fuyez l’assurance vie (très investie dans les Bons d’Etats) et les actions qui (toujours selon Philippe Herlin), perdraient tout ou partie de leur valeur en cas de crise de la dette de l’Etat. Pour résumer il faudrait, selon Philippe Herlin, passer des « actifs papier » (actions, obligations, assurance-vie) aux « actifs réels » (immobilier, ressources agricoles, or, matières premières, œuvres d’art).

Dans cette perspective, il faut également s’astreindre à limiter son endettement (qui deviendrait une charge écrasante en cas de récession et de perte d’emploi), et évidemment s’interdire le recours au crédit revolving.

Version (raisonnablement) optimiste : l’immobilier toujours, on peut espérer une baisse de 10% en 2012 sur l’ancien mais les prix du foncier (notamment en centre ville) ne sont pas prêts de baisser et les taux des crédits immobiliers vont remonter. Les livrets réglementés (dont le livret A) assurent des liquidités et leur taux prémunit contre l’inflation, certains taux allant jusqu’à 3,50% (Fortuneo est le mieux disant sur 1 an). Les actions, notamment européennes, sont bradées pour certaines (le tout étant d’acheter au bon moment), l’année 2011 ayant été notamment faste pour EADS (Airbus) et bonne pour l’art et le luxe (flambée d’Artprice.com, S.T. Dupont, Hermès…). En ce qui concerne l’action EDF, il va falloir rester patient… Concernant les SICAV, seules les obligations internationales sont dans le vert. A cela il faut ajouter la contrainte fiscale et la réduction des niches, le tout dans un contexte mondialisé qui reste figé dans l’expectative (avec des pointes de volatilité inédites sur les marchés).

Bref, difficile de prendre des décisions avec de telles incertitudes. Par les temps qui courent, pour toute prévision économique ou financière, il vaut mieux rester humble et prudent, surtout que les conseillers ne sont pas les payeurs …

Malgré le pessimisme ambiant, je vous souhaite une bonne et heureuse année 2012.

Le petit analyste