CADRE DIRIGEANT VERSUS REPRENEUR DE PME : LA PRESENCE SUR LE TERRAIN

DIRIGEANT PME TPDans une PME, celui qui décide et celui qui doit faire appliquer les décisions prises est souvent la même personne. La chronique de Pascal Ferron, vice-président Baker Tilly France.

Vous avez plus ou moins trouvé les 5 premières différences de notre petit jeu des 7 différences entre deux dessins a priori similaires : cadre dans un grand groupe et repreneur de PME, et vous avez commencé à aborder la petite révolution culturelle qui doit s’opérer dans la tête de celui qui veut sauter le pas et se lancer à l’aventure de la reprise d’entreprise. Comme dans le jeu, plus on avance, plus les différences sont difficiles à déceler. En revanche, elles deviennent une évidence dès qu’elles sont bien assimilées.

La sixième différence est la conséquence de la première, la taille. Elle est certes à l’origine du sentiment d’épuisement plus ou moins passager de certains dirigeants, en revanche elle est la principale source de l’agilité, de la réactivité et de la vigueur des PME.

> Redescendre sur le terrain, pendant le parcours d’obstacle du repreneur jusqu’à la reprise effective

Parfois, en entreprise, à gravir les échelons et à progressivement évoluer dans les hautes sphères, on en perd la vision du terrain. Ceux que l’on côtoie font partie de la même strate et finalement en arrivent à se forger aussi la même vision, le syndrome de la vue d’avion, du dernier étage de la tour de la Défense, du cercle des  » hauts potentiels « , …oserais-je … des ministères et de l’Elysée. Le contact terrain ne se fait plus qu’au travers de visites ou de rencontres organisées et orchestrées, de survols, sur un parcours balisé et parfois théâtralisé, au cours de comités de directions ou de présentations générales. Les remontées d’informations, quand elles parviennent à atteindre certains des sommets où vous vous situez, pour peu que vous aviez envie (ou le temps) de les entendre, sont passées par des méandres de hiérarchies ou de consultants aux visions elles-mêmes biaisées, parcellaires ou orientées.

Dans la PME, le contact  » terrain  » est d’office inévitable. Selon la taille, la hiérarchie peut être embryonnaire ou inexistante. Il ne s’agit plus de contacts terrain mais de positionnement au beau milieu des champs de bataille, avec la troupe. Toute attitude de tour d’ivoire à la porte fermée pourrait vite devenir suicidaire. Il n’y a pas d’alternative. Absence de vocation s’abstenir !

Si dans les grands groupes les décisions difficiles, qui ont d’importants impacts sur les Hommes, sont prises très loin du terrain, au niveau le plus haut de la direction, elles sont appliquées par des relais intermédiaires qui ont parfois du mal ou des scrupules à le faire. Mais, en bons soldats, ils le font, même à contrecœur, parce que c’est leur  » boulot « . Dans la PME, celui qui décide et celui qui doit faire appliquer les décisions prises est souvent la même personne. Il a un contact direct et personnel avec chacun des membres de l’équipe qui doit appliquer ses directives et qui subit les conséquences de ses choix. L’erreur n’est pas diluée. Son impact est immédiatement visible et les retours de motivation ou de démotivation immédiats.

Idem quand il y a du  » sale boulot  » à faire : licencier une personne par exemple : c’est à lui de le faire, pas de délégation possible à une DRH inexistante. Idem quand il s’agit de prendre des décisions justes mais peu agréables. Dans un grand groupe, on ne voit pas directement l’impact de ses décisions. Dans la PME, on reste au cœur des champs de bataille et on y côtoie directement tous les évènements.

> Contact terrain = contact humain

J’ai le souvenir de ce DRH monde de grand groupe (150 000 personnes) qui a choisi de reprendre, avec sa famille, un hôtel de charme dans l’une de nos belles régions françaises. Beau et noble projet ! Effectif 18 personnes. Une tout autre façon de considérer les ressources humaines. Le terrain, à ce niveau, ce sont les lits non faits quand les clients arrivent, les repas froids quand la salle est pleine… du fait des RTT, de la mauvaise humeur du serveur ou de l’épidémie de grippe. La vision d’un taux d’absentéisme passe de la couleur de la portion de camembert sur une diapo lors d’un comité stratégique à celle du  » bon, pas de panique ! Comment fait-on ? Vite, une solution ! « .

La gestion des ressources humaines est, pour les patrons de PME, certainement la chose qui demeure la plus difficile à appréhender. Ils n’ont pas été formatés pour cela. Leur plaisir se situe souvent ailleurs, sur le technique, le commercial, la réalisation de projets… Alors qu’ils ne peuvent pas occulter cette dimension humaine de la gestion de leur PME, certains s’en trouvent parfois déstabilisés, angoissés, à terme même fatigués. Il faut avouer que les contraintes du droit du travail en France ne leur favorisent pas la tâche et se retrouvent parfois fortement contreproductives pour la PME. Ce qui est censé protéger le salarié est pensé globalement, à un niveau trop  » macro « , et se retourne indirectement contre tous. Il conduit certains entrepreneurs à l’épuisement et à la lassitude. Futurs repreneurs, soyez avertis !

 

Source : lentreprise.lexpress.fr

Date de publication :  Vendredi  27 Septembre 2013