La crise ? Quelle crise ?

Il faut bien l’admettre, le scénario central est plutôt pessimiste. La crise financière importée des Etats-Unis perdure, la croissance économique s’essouffle, les banques sont fragilisées, le crédit en sursis et le marché interbancaire stressé.

Comment en sommes nous arrivés là ?

En 2007, la crise que peu d’analystes ont vue venir, n’est pourtant pas arrivée par hasard [c’est facile à écrire après, j’en conviens]. Des mécanismes l’ont déclenchée et les mécaniciens n’ont pas su prévenir ni réparer la panne. Alors la crise financière (les fameux subprime, les CDS, les swap, puis le credit crunch) est devenue économique (fermeture du robinet des liquidités par les banques, assèchement de la trésorerie des entreprises, secours des fonds publics, les entreprises les plus fragiles ferment), puis sociale (licenciements, précarisation du travail, chômage, baisse du pouvoir d’achat, pauvreté) et politique (montée du populisme, chute des gouvernements grec, espagnol, italien, à qui le tour ?). A qui la faute ?

Bref retour en arrière : à l’origine de la crise, la dégringolade du marché immobilier américain. Le boom du marché du logement aux USA avait conduit de nombreux ménages à s’endetter lourdement. La baisse des prix les a empêchés de rembourser leurs prêts. Au printemps 2007, la réaction en chaîne frappe les organismes de prêt au logement, puis les banques qui avaient transformé ces crédits en produits financiers toxiques, la « titrisation » inventée par les génies de la finance pour réduire les risques. Peu à peu, l’économie des USA est touchée. L’Europe suit, les bulles immobilières d’Espagne et d’Irlande explosent. Au chaos immobilier succèdent des faillites bancaires et la chute des Bourses. En quelques jours, la BCE injecte 200 milliards d’Euros. L’accès au crédit devient difficile et compliqué. Les banques rechignent à se prêter entre elles, pour obtenir des financements les entreprises doivent montrer patte blanche… Les pertes massives des banques durant l’été 2007 révèlent la fragilité du secteur. Citigroup perd 15,8 milliards de dollars, UBS 14,4, HSBC 10,7, Morgan Stanley 9,4 et en France le Crédit Agricole perd 3,35 milliards d’Euros (NATIXIS 1,02). Comme l’économie américaine représente 20% du PIB mondial, son ralentissement touche toute la planète. La Société Générale entre dans la crise de plain pied en découvrant que Jérôme Kerviel, trader au front office de la banque, a pris des positions frauduleuses s’élevant à 50 milliards d’Euros, faisant perdre à la banque près de 5 milliards en quelques clics. Le 15 septembre 2008, l’impensable se produit : Lehman Brothers, fleuron des banques d’affaires américaines, fait faillite. Grâce à l’intervention coordonnée des Etats et des banques centrales, le système financier échappe de justesse à l’effondrement. Des banques sont absorbées (Merrill Lynch, Bear Stearns, Dresdner Bank…), d’autres font faillite (Lehman Brothers, Washington Mutual, IndyMac) ou sont nationalisées (AIG, Northern Rock, Fortis…). L’annonce de plans de sauvetage massifs rassure mais ne peut empêcher la crise de se propager au-delà des marchés. Epargnants, salariés et consommateurs en font les frais.

Les pays fragiles plongent : l’Islande surendettée (des fortunes se sont bâties sur le crédit facile) est en quasi-faillite. En Espagne, après quinze ans de croissance, c’est la douche froide. Depuis 2002, les constructeurs ont édifié en moyenne 700 000 logements par an, soit plus que la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni réunis ! Désormais, l’Espagne survit sur fond de crise immobilière, d’inflation, 20% de taux de chômage et une consommation en berne. L’Irlande étouffe sous les déficits. A Dubaï, la quasi-faillite de l’émirat marque la fin d’un modèle fondé sur la démesure immobilière (toujours plus grand, toujours plus haut), l’hyperconsommation et le surendettement. En Europe, on découvre que la Grèce a menti sur sa situation budgétaire. La crise grecque explose début 2010 sans que l’Union européenne ne parvienne à rassurer les marchés. L’économie plonge et la jeunesse grecque indignée est dans la rue.

Où allons-nous ?

Face à ce scénario noir de cinq ans (après les « trente glorieuses », les « cinq furieuses »), vers quoi nous dirigeons nous ? Vers une récession ou un rebond ? Les avis sont globalement pessimistes.

Les conditions monétaires restent accommodantes, les taux longs demeurent bas mais les banques centrales font face à l’accroissement massif de leur bilan. Le levier budgétaire et la dette publique ont atteint leurs limites. Difficile de choisir entre croissance et réduction des déficits publics. Jusqu’à présent l’une n’allait pas sans l’autre. Le risque souverain est désormais devant nous et on bricole de petites mesures d’assainissement des finances publiques, on mastique pour boucher les trous et cacher la misère en espérant que ça va tenir.

Beaucoup d’entre nous pressentent qu’il va advenir quelque chose de grave. La situation est inédite, presque incongrue. La vieille Europe, société de surabondance financée à crédit, s’apprête à basculer dans la pauvreté.

Jouons à nous faire peur.

Laissons-nous aller à plus de noirceur, si vous le voulez bien. Le grand mécano se dérègle un peu plus. Hausse brutale des taux d’intérêt, explosion de la dette publique, agences bancaires assiégées par les petits épargnants (nous voulons récupérer nos sous !), entreprises à court de liquidités, fournisseurs étranglés, livraisons interrompues (faillite d’UPS), services publics paralysé), sécurité sociale en banqueroute, chute des prestations sociales, suspension des prélèvements sociaux en représailles, bakchichs à l’hôpital, chez le médecin, le pharmacien, le dentiste, justice menacée de thrombose, armée démobilisée, policiers et gendarmes réquisitionnés pour défendre les centres névralgiques contre les premiers pillages, grève générale, la production industrielle s’effondre, les services à la personne sont irréguliers, on recense les premiers morts de faim et de froid parmi les personnes seules, la Banque centrale augmente la masse monétaire contre l’avis des allemands qui menacent de revenir au mark, hausse vertigineuse du chômage, dans les grandes villes d’Europe les mêmes scènes de panique. C’est l’anarchie, on se bat pour l’eau, les médicaments, la nourriture, l’essence, pour des bonbonnes de gaz.

Comment se préparer ?

Les politiciens s’attendent au pire mais n’en disent mot, par peur d’affoler les agences de notation, les marchés aux abois ou les épargnants inquiets, et pour ne pas avoir de comptes à rendre. Cacher l’ampleur du désastre, pour quelque temps encore.

Qu’en pensez-vous ? Nous n’y sommes pas encore ? L’espoir est donc encore permis.

Revenons donc à la dure réalité (mais néanmoins douce comparée à la fiction qui précède).

Les ménages sont prudents, ils pressentent que leurs revenus vont stagner et leurs impôts augmenter. Ils font les écureuils, complètent leur livret A, celui de leur progéniture, et ceux qui le peuvent achètent des coffres forts pour leurs lingotins. Les plus audacieux jouent les devises sur le Forex ou le Foreign Exchange, investissent dans les grands crus (le Liv-ex 100, qui retrace l’évolution du prix des 100 vins les plus recherchés, a bondi de 27% depuis janvier 2008, contre -33% au CAC 40), produisent de futures stars du Show-biz sur MyMajorCompany.com (MMC), achètent des photos contemporaines (les objets d’art échappent à l’ISF), et les plus fortunés investissent dans les terres agricoles (forêt brésilienne), un appartement sur le Danube, à Miami (les prix y ont baissé de 40% à 60%), à New York (devenue moins chère que Paris), en Floride (entre 2500 et 3000 Euros le mètre carré), en Méditerranée (au Maroc et en Grèce les prix ont décroché de 50 à 70%).

Le chômage ne baisse pas, d’ailleurs son taux remonte légèrement. En 2012 en France, il est question de dépasser la barre des 10% de chômeurs.

Les résultats des sociétés sont corrects mais les analystes savent que cela ne va pas durer, alors le marché actions devient nerveux et volatil, comme celui des matières premières ou celui des taux de changes, conséquence de politiques monétaires divergentes, d’un achat massif de monnaies refuge, d’un dollar qui baisse et d’un yuan sous évalué pour doper les exportations.

La Chine ralentit en douceur mais sème le doute sur le moteur de la croissance mondiale. Les risques géopolitiques liés aux révolutions en Afrique du nord et au Moyen Orient pourraient s’étendre aux pays autocratiques riches en pétrole, déclenchant pénurie de brut et inflation monétaire. Le séisme et le tsunami au Japon ont sérieusement endommagé le pays, les dégâts sont considérables. Pour eux. Pour nous.

Quelques notes d’espoir

Et pourtant, malgré la perte prochaine de notre triple A, il reste un rayon de soleil dans ce ciel lourd de nuages gris. La BCE prête aux banques européennes qui empruntent près de 500 milliards d’Euro. De quoi éviter le fameux credit crunch qui nous asphyxierait tous. De quoi irriguer l’économie qui a besoin d’Euros qui circulent de comptes à comptes, de caisses à caisses, de la main à la main, vite et bien, en toute confiance. La France va connaître une élection présidentielle en 2012. Souhaitons que dans un pays aussi politisé que le nôtre, les présidentiables passent d’un modèle défensif à un modèle offensif, avec un Projet et des Valeurs (liberté, égalité, fraternité ont toujours la cote), sans ligne Maginot, sans peurs ni pessimisme. De l’ambition dans l’adversité, que diable !

Et si vous ne savez pas quoi faire de votre argent, n’achetez pas d’or (c’est criminel et stupide). Dépensez-le ! Vous ferez une bonne action (relance économique) tout en vous faisant plaisir. Et si tout s’écroule, ce sera toujours ça de pris !

Le Petit Analyste

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