LA PREFECTURE DE L’ISERE PROVOQUE LE LICENCIEMENT D’UN INGENIEUR LIBANAIS

Source : www.libelyon.fr

Air Liquide avait embauché Amro Al Khatib, ingénieur libanais, en CDI le 1er juin. La préfecture de l’Isère a refusé le renouvellement de son autorisation de travail au motif qu’il y aurait 58 ingénieurs français au chômage dans le bassin grenoblois. Le directeur de la Direction régionale des entreprises s’explique.

Son défaut aux yeux de la préfecture de l’Isère : il est Libanais. Pour le reste, Amro Al Khatib, 25 ans, est un jeune homme qualifié dont les compétences pourraient profiter à l’économie française. D’ailleurs, c’est la France qui l’a formé. A l’issue d’un cycle complet de cinq années d’études, il a obtenu le diplôme d’ingénieur de l’Université de technologie de Compiègne (UTC).

Début 2011, Air Liquide, géant français des gaz industriels et médicaux liquéfiés ou comprimés diffuse une annonce de recrutement d’ingénieurs projets pour son site de Sassenage, près de Grenoble (Isère). « Cette annonce a donné lieu à un peu plus de 60 candidatures, rappelle Marie-Pierre Merel, la directrice des ressources humaines (DRH). Nous les avons étudiées, et nous avons embauché 3 ingénieurs projet ». Amro Al Khatib « a satisfait à nos critères de recrutement. Il est arrivé chez nous le 1er juin ».

Dès l’annonce de son embauche, le jeune homme prend contact avec la préfecture de l’Isère. «Il avait une autorisationde travail en qualité d’étudiant », rappelle Philippe Nicolas, le directeur de l’Unité territoriale Isère de la Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail, de l’emploi (UT-Direccte). Il lui fallait donc changer de régime. « Il a fourni, comme pièce justificative, son contrat de travail », signale Marie-Pierre Merel. Dans l’attente de la réponse de l’administration, Amro Al Khatib prend ses fonctions. Sa période d’essai terminée, son embauche est confirmée « C’est un ingénieur débutant, pas expert dans un domaine particulier, mais qui a fait des études dans un domaine qui nous intéresse et qui avait toutes les compétences requises pour ce poste », précise la DRH.

Le 3 octobre, Air Liquide reçoit de la Direccte, une lettre l’informant du rejet de la demande d’autorisation de travail d’Amro Al Khatib. « Le seul considérant dans ma décision, c’est la situation de l’emploi », se justifie Philippe Nicolas. Le bassin grenoblois compterait en effet 58 ingénieurs projet au chômage. « Vous pouvez m’objecter que Monsieur Al Khatib est quelqu’un de très brillant. Je vous répondrai que je ne prends pas de décision en considération de la personne. Je me borne à pondérer la situation existante sur le marché du travail ».

Du côté d’Air Liquide, la sanction est immédiate : « Comme la précédente autorisation de travail d’Amro Al Khatib n’était valable que jusqu’au 4, nous avons mis fin à son contrat de travail le soir-même », déclare Marie-Pierre Merel.

Pour autant, l’affaire ne s’arrête pas là. « Les syndicats, toutes obédiences confondues, se sont mobilisés et ont fait signer une pétition qui a été adressée à la direction du site, aux autorités administratives, et aux médias », signale la DRH. La CFDT, la CGT et la CGC dénoncent une « décision inique de l’administration » qui « institue de fait une préférence nationale à l’embauche ».

Le 7 octobre, Air Liquide a déposé un recours gracieux contre le rejet, auprès de la préfecture. « J’ai envoyé un courrier à la directrice des ressources humaines l’invitant à un rendez-vous mercredi », répond Philippe Nicolas. « Il est vrai que la société Air Liquide a développé des aspects du dossier que je n’avais pas », ajoute-t-il. Du coup, il « n’exclu(t) pas » de donner cette fois une réponse favorable au dossier Al Khatib.

Air Liquide regrette évidemment la décision de l’administration. Pour cette embauche, elle a procédé comme d’habitude par petite annonce. « Nous n’avons pas fait de recherche particulière sur le bassin d’emploi grenoblois, reconnaît Marie-Pierre Merel. Car nous pouvons intéresser et être intéressés par des candidats de partout ».

Philippe Nicolas admet que ce contrôle sur les embauches des étrangers est une atteinte à la liberté des entreprises de recruter le personnel qu’elle souhaite. Mais précise que sur les 30 à 40 cas dont il est saisi par mois, il tranche à 75% favorablement et à 25% négativement

Catherine Coroller