LA REMUNERATION DU PATRON DE SCIENCES-PO FAIT POLEMIQUE

Richard Descoings a annoncé gagner 27.000 euros brut par mois. Un salaire très au-dessus de celui des patrons d’universités et même des directeurs de grandes écoles de commerce.

Il a dépoussiéré Sciences-Po et en a fait une grande école à l’anglo-saxonne. Du coup, il a adopté la rémunération de ses homologues anglo-saxons. Richard Descoings, le directeur de Sciences-Po, a annoncé mardi dans les colonnes de Libération gagner 27.000 euros brut par mois, soit 23 à 24.000 euros net. Cette rémunération est assortie d’une part variable. Le patron de Sciences-Po a refusé de détailler le montant des primes individuelles mais il est aujourd’hui connu que les 11 membres du comité exécutif de l’école se sont répartis 295.000 euros de primes en 2011.

La révélation de ces rémunérations fin 2011 avait lancé la polémique sur les émoluments des dirigeants de l’école de la rue Saint Guillaume à Paris. Richard Descoings a en effet mis en place un système démocratique de frais de scolarité qui s’est accompagné d’une explosion des frais de scolarité pour les familles les plus aisées. Pour l’année 2012-2013, les frais de scolarité seront ainsi de 0 à 9.800 euros pour le collège universitaire et de 0 à 13.500 euros pour les étudiants en Master.

«Je crée de l’emploi, du pouvoir d’achat»

Cette rémunération est proche de celle d’un dirigeant d’université américaine. Elle est très au-dessus de celle d’un patron d’université qui gagne entre 4.500 et 6.000 euros nets par mois. Selon nos informations, elle serait également très au-dessus de celle d’un dirigeant de grande école de commerce en France, y compris des «trois parisiennes»: HEC, Essec et ESCP qui caracolent en tête des classements des meilleures écoles de l’Hexagone. Contacté par Le Figaro, Pascal Morand, le directeur général de l’ESCP Europe (École supérieure de sommerce de Paris), n’a pas souhaité révéler sa rémunération mais laisse entendre qu’elle est largement inférieure à 20.000 euros par mois.

«Je peux vous assurer que nous ne sommes pas dans ces ordres de grandeur mais je ne veux pas porter de jugement, a-t-il confié. Nous sommes face à une problématique classique de la mondialisation avec l’alignement sur les standards internationaux qui se télescope avec une tradition du service public en France».

Directeur de Grenoble école de management (GEM), qui figure dans le top 10 des business schools tricolores, Thierry Grange n’a aucun complexe à évoquer son salaire, «moins de la moitié de celui du directeur de Sciences Po. Je me réjouis pour lui. Je constate simplement que Sciences Po, qui a été présentée comme le nec plus ultra des écoles de commerce, largement financée par l’argent public devait générer la performance. Elle n’a pas encore fait tomber Harvard». Il oppose à cela le modèle des business schools «performantes, mais arrivées au bout de leur modèle financier». A Grenoble, certains professeurs sont mieux rémunérés que le directeur. Environ 160 000 euros brut annuels pour une professeurs à «tarif international». «Dans les business schools parisiennes, les profs de finances peuvent être payés 180 000 euros. Logique, car elles sont en concurrence avec les banques d’affaires», ajoute-t-il.

Suppression de l’épreuve de culture générale

Cette nouvelle polémique ne semble pas déstabiliser le patron de Sciences-Po qui est un habitué des coups d’éclat. «Quelle entité publique ou privée a créé comme moi 170 emplois nets depuis 2007 ?», s’est-il défendu dans les colonnes de Libération. Je crée de l’emploi, du pouvoir d’achat, je prends des risques (…) Si la question est : ‘vous trouvez-vous trop payé ?’, la réponse est non». De son côté, la direction de Sciences-Po justifie ces montants en évoquant la profonde mutation de l’école depuis dix ans. Elle rappelle également que les fonds de Sciences-Po sont en partie privés et que l’école a subi une baisse de la dotation de l’État de 70 % à 56 % en dix ans.

Fin 2011, Richard Descoings avait déjà bousculé en annonçant la suppression de l’épreuve de culture générale au concours d’entrée. Dès 2013, l’examen d’entrée en première année comportera une sélection sur dossier, davantage d’oraux et la suppression de l’épreuve de culture générale, afin de «diversifier son recrutement». Une réforme sensée diminuer le caractère socialement discriminant du concours.

Par Fabrice Amedeo, Caroline Beyer

Source : le figaro.fr