LES STAGES FONT UNE ENTREE TIMIDE EN LICENCE UNIVERSITAIRE

Écoles de commerce et d’ingénieurs ont compris depuis longtemps que les stages étaient des éléments clés de l’insertion professionnelle de leurs étudiants. Ils font partie des cursus dès la deuxième voire la première année. En comparaison, les universités restent à la traîne et ne les rendent obligatoires ou tout au moins ne les conseillent fortement qu’à partir du master.

Depuis le 1er août 2011 et la dernière réforme de la licence, un frémissement se fait cependant sentir. Les universités ont la faculté de «rendre obligatoires» les stages dans leur cursus de licence. Deux universités pionnières, Aix-Marseille-III et Brest, avait déjà anticipé cette possibilité. Pour les autres, la situation est contrastée. Dans certaines, le stage est une option et permet d’obtenir des crédits mais cela dépend des filières. Ailleurs, comme à Paris-VII, le stage ne permet pas de valider de crédits… Dans les universités, les stages ne sont toujours pas obligatoires mais ils sont plus encouragés qu’avant, affirme-t-on.

Un rapport à la fin du stage

Le ministère de l’Enseignement supérieur affirme que «la situation tend à s’améliorer depuis deux ans. On note une légère progression depuis 2008-2009.» Les derniers chiffres disponibles, concernant l’année 2009-2010, sont cependant encore très faibles. Le nombre de stages est quasiment nul en première année, faible en deuxième année et encore modeste à la fin du cursus: seuls 3% des étudiants en L1 (licence première année) ont fait un stage, 11% en L2 (deuxième année) et 30% en L3 (troisième année).

Dans son dernier rapport sur le plan «réussite en licence», la Cour des comptes écrivait cependant en février qu’une «forte propension des universités à intégrer des stages dans les cursus de licences généralistes a pu être constatée», d’autant que cette question fait désormais l’objet d’une demande de bilan annuel par la Direction générale pour l’enseignement supérieur et l’insertion professionnelle. Depuis 2010, les établissements demandent à leurs étudiants de choisir des stages en relation avec la formation suivie. À l’issue de leur stage, les étudiants doivent aussi remettre un rapport, ce qui ne se faisait pas ou peu auparavant.

Difficile généralisation

Il n’en reste pas moins que «les universités demeurent confrontées à une réelle difficulté quant à la possibilité pour tous les étudiants en licence de réaliser un stage, notamment lorsque les potentialités du bassin d’emploi où elles se trouvent ne sont pas très développées. Dans ces conditions, elles gardent quelques réticences face à la perspective de faire entrer l’obligation de réaliser un stage dans les maquettes de formation».

S’il n’est toujours pas obligatoire dans la plupart des cursus de licence, le stage est en revanche «plus facilement intégré dans les maquettes à titre facultatif, comme unité de valeur libre», selon Nicole Nicolas, la chargée de mission «formation» de la conférence des présidents d’universités (CPU). La réalité des stages, elle, dépend surtout de l’offre des entreprises. Ces dernières préfèrent prendre des étudiants de master, de licence professionnelle ou de DUT, plus facilement opérationnels. «Il va falloir les convaincre de prendre des stagiaires issus des licences générales…», insiste-t-elle.

La généralisation des stages en licence lui apparaît aujourd’hui prématurée: «On se heurterait très vite à un problème de moyens en termes de ressources humaines car les effectifs étudiants ne sont pas comparables aux masters et licences professionnelles. Or, aucun moyen supplémentaire n’a été déployé pour encadrer les étudiants sur ce point.»

Une banque de stages pour les étudiants

Le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé la mise  en place d’une «banque  de stages en ligne» sur Internet. Quelques centaines  de propositions y sont disponibles pour le moment.«L’objectif est de pourvoir  à terme au moins 100.000 offres de stages via ce site», selon  le ministre Laurent Wauquiez. L’initiative est pilotée  par l’Onisep (office d’information sur les métiers). Il s’agit d’un portail informatique accessible à l’adresse Internet etudiant.monstageenligne.fr qui permet de mutualiser les offres entre universités. «Ce site permet aux entreprises  qui le souhaitent de poster  en une fois une offre de stage  à plusieurs universités à la fois  et aux étudiants d’avoir accès  à des offres plus nombreuses», a-t-il expliqué. Le portail permet  à chaque étudiant, où qu’il soit, d’avoir accès à l’ensemble des offres sur le marché sans être cantonné à la seule collecte réalisée par son établissement.

Pour le moment, cinq universités sont concernées: Aix-Marseille, Saint-Étienne, Université Paris-Est Créteil, Amiens et Montpellier. Et seize grandes entreprises sont partenaires. Le dispositif devrait monter en puissance puisque d’autres universités et entreprises devraient le rejoindre.

Source : www.lefigaro.fr