PSYCHOLOGUE DU TRAVAIL OU PSYCHOLOGUE CLINICIEN ?

Vous nous interrogez souvent sur la différence qu’il existe entre un psychologue du travail et un psychologue clinicien. Nous avons tenté de répondre à vos questions dans l’article qui suit.  Nous précisons tout d’abord les points communs entre le psychologue du travail et le psychologue clinicien. Ensuite, nous définissons les champs d’intervention de ces deux professionnels en insistant davantage sur le psychologue du travail étant donné qu’il s’agit de notre domaine d’intervention. Et enfin, nous conseillons une liste d’ouvrages qui permettra aux étudiants et aux professionnels de se familiariser avec les concepts et les applications de la psychologie du travail et des organisations.

 

1. Le Métier de Psychologue

 

 

 

 

 Ils sont tous les deux diplômés de l’enseignement supérieur : 5 années minimum de formation universitaire. La spécialisation commence à s’opérer en licence (bac+3), se consolide en Master 1 (bac+4) et, est validée en Master 2 (obtention du titre de psychologue à la réussite des examens).

 

 

 

 

Leur formation est centrée sur la compréhension du comportement humain et sur l’apprentissage des multiples techniques visant à comprendre le psychisme, le comportement humain, la personnalité et les relations interpersonnelles. Le psychologue du travail et le psychologue clinicien connaissent tous les deux les techniques d’entretien et d’observation et peuvent recourir à une batterie de tests scientifiquement validés et spécifiques à leur domaine (tests psychotechniques, tests de personnalité, inventaires, échelles, etc).

 

 

 

 

Le psychologue clinicien et le psychologue du travail veillent tous les deux à adopter – une attitude neutre envers leur client, – une absence de jugement, – une non-directivité et une bienveillance (on parle de « neutralité bienveillante »).

 

 

 

 

La loi a instauré un registre national au sein duquel sont enregistrés les professionnels après validation par les agences régionales de la santé (ARS). Tout psychologue doit être en mesure de vous présenter son numéro ADELI : cette inscription garantit sa formation et son droit de faire usage du titre de Psychologue et garantit au public et aux professionnels une protection contre tout charlatanisme ou escroquerie.  

Les psychologues sont orientés éthiquement par un Code de Déontologie signé le 2 mars 1996 par l’Association des Enseignants de Psychologie des Universités, l’Association Nationale des Organisations de Psychologues et la Société Française de Psychologie.

Une charte Européenne des psychologues a été signée à Athènes le 1er juillet 1995 par les 29 pays membres de l’Assemblée générale de la Fédération Européenne des Associations Professionnelles de Psychologues. Elle synthétise les principes essentiels de la profession : respect et développement du droit des personnes et de leur dignité, compétences du psychologue, responsabilité, probité. 

 

 

 

 

Enfin, le psychologue clinicien et le psychologue du travail peuvent être tous les deux psychothérapeutes à partir du moment où ils justifient ou complètent leur formation par des connaissances sur les processus psychiques, les pathologies psychiatriques, les théories psychopathologiques et les principales approches utilisées en psychothérapie.

La loi sur le titre de psychothérapeute (CF : Amendement Accoyer en 2004, loi « Hôpital » du 24 juin 2009 et son décret d’application publié le 20 mai 2010 et modifié le 8 mai 2012) a institué le pré-requis d’une formation commune en psychopathologie. Pour plus d’informations, lire le Décret n° 2010-534 du 20 mai 2010 relatif à l’usage du titre de psychothérapeute.

 

 

 2. Psychologue clinicien et psychologue du travail et des organisations

 

 

 

 

Le psychologue clinicien est à l’écoute des personnes en difficultés psychiques. Il est capable d’identifier les différentes maladies mentales. Formé à la psychopathologie, son rôle consiste à accompagner le patient vers un mieux-être. Il travaille généralement en étroite collaboration avec les psychiatres. Le psychologue clinicien a une double fonction : diagnostique et thérapeutique.

 

 

 

 

 

Le psychologue clinicien exerce dans le milieu hospitalier (clinique, hôpital …), au sein des services d’oncologie et de soins palliatifs, de cardiologie, de gérontologie, d’institut de prise en charge du handicap, auprès des patients, des familles et/ou du personnel soignant, dans les organismes et associations d’aide aux malades (diabète, cancer, sida, etc.), au sein d’établissements médico-sociaux publics ou privés (EHPAD, MECS, CAMSP, ESAT, MAS, etc.), au sein des services de la police judiciaire de la jeunesse (PJJ), dans le milieu sportif ou en cabinet.

 

 

 

Consulter un psychologue ne signifie pas forcément être porteur d’un trouble psychopathologique : un deuil, la perte d’un travail peuvent entrainer un état de souffrance psychique différent d’une psychopathologie mais qui nécessitent une relation d’aide. Le psychologue peut donc être amené à accompagner quelques temps, de manière transitoire une personne qui rencontre des difficultés dans sa vie et qui en souffre.

 

 

 

 

 

La psychologie du travail s’intéresse à l’homme au travail et aux conduites humaines au sein des organisations . Elle  analyse  :

> La relation entre l’homme et la tâche : Il s’agit de l’activité de travail des individus. L’étude des tâches, de l’environnement du travail, de l’aménagement des postes, des charges physiques et mentales relèvent de ce niveau.

> La relation entre l’individu et l’organisation : c’est-à-dire les processus de sélection du personnel, de développement de carrière, d’engagement, de motivation ou de rémunération.

> Les relations interpersonnelles au sein de la structure et en dehors (société, technologie, loi, économie, etc.). Il s’agit d’interventions dans les domaines suivants : communication, prise de décision, relations hiérarchiques, conflits, structures, changements organisationnels, cultures …

La psychologie du travail est un sous-domaine de la psychologie clinique. Il en est de même pour la psychologie cognitive, la psychologie sociale et la psychologie du développement*.

 

 

 

 

Le psychologue du travail exerce au sein des organisations. Entendons par organisations « des systèmes sociaux créés par des individus, afin de satisfaire, grâce à des actions coordonnées, certains besoins et d’atteindre certains buts ». Ainsi, la psychologie du travail et des organisations trouve naturellement sa place dans les services Ressources Humaines ou Relations Humaines mais pas exclusivement. Le psychologue du travail intervient au sein de structures publiques ou privées telles que la médecine du travail, l’Agence Nationale pour l’Amélioration des Conditions du Travail (ANACT), les missions locales, Pôle Emploi, les Maisons de l’emploi, les Plans Locaux Insertion Emploi (PLIE), les entreprises d’insertion (EI), les cabinets d’expertise et de conseil, etc.

 

 

 

 

Les domaines d’intervention ou les champs d’application de la psychologie du travail peuvent se résumer ainsi :

 

RESSOURCES HUMAINES ~ Dans le domaine des Ressources Humaines, le psychologue du travail est un spécialiste de  :

> L’évaluation des compétences, des aptitudes, des intérêts et de la personnalité (établissement d’un profil de candidat ou de salarié dans le cadre d’un recrutement ou d’un projet de mobilité interne), 

> L’analyse du travail : analyse de l’activité, étude de poste et des conditions de travail

> Du diagnostic et/ou de l’audit social : enquête et analyses de conformité

> De l’accompagnement au changement : modification de l’organisation du travail ou changement des activités

> de l’ingénierie de formation : montage et évaluation d’actions de formation

> du développement professionnel et personnel (coaching) : implication, motivation, satisfaction au travail, dépassement de problématiques.

 

 

 

 

Quelles sont les tâches du psychologue  du travail lors d’une mission de recrutement ?

1. Le psychologue du travail analyse le poste de travail : mission principale, activités, enjeux, compétences et qualités requises, évolution possible du poste dans la structure, etc.

2. Il identifie les compétences, les aptitudes, les aspirations et les traits de personnalité  requis pour le poste.

3. Il définit avec son client le processus de sélection (démarche, outils et techniques) et le met en œuvre  : session collective de présélection ou sessions individuelles, entretien (conventionnel ou structuré), tests d’aptitudes, de jugement situationnel ou de personnalité,  questionnaires ou inventaires, jury de décision finale, grilles d’observation ou d’évaluation en situation, etc.

4. Il rassemble et traite les informations recueillies sur les candidats.

 

Dans le processus d’évaluation, le psychologue du travail se centre sur les comportements et les processus mentaux sous-jacents tels que les capacités d’analyse (sphère cognitive), les motivations (sphère conative) et les émotions (sphère émotionnelle).

5. Il sélectionne un candidat dont les compétences et les qualités sont en adéquation avec les exigences d’un poste, donner un avis sur un candidat pressenti pour un poste, définir des actions de formation lui permettant d’évoluer dans la structure (ce dernier travail est de plus en plus demandé par des entreprises du secteur privé ou public qui ont intégré la gestion des compétences (ou gestion des carrières) dans leur plan d’action RH.

 

FORMATION ~ Dans le domaine de la formation, le psychologue du travail accompagne ses clients dans :

> la conception

> la mise en œuvre

> le suivi

> l’évaluation d’actions de formation ciblées.

 

 

 

 

 

DYNAMIQUE PROFESSIONNELLE ~ Dans l’accompagnement professionnel  (salariés ou personnes en recherche d’emploi), le psychologue du travail aide à :

> la clarification du projet professionnel,

> la résolution de problématiques professionnelles.

 

Il réalise également des bilan de compétences ou d’orientation.

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cadre de ses interventions, le psychologue du travail est amené à explorer la sphère hors-travail. Le rôle du psychologue est d’explorer l’individu dans sa globalité. Cette approche  « systémique » fait référence à un ensemble de sous-systèmes tels que le milieu professionnel, familial, social, etc.

Tout individu agit au sein de ce système avec ses valeurs, ses représentations, ses motivations, ses aspirations, ses capacités physiologiques, cognitives et ses émotions et il vise à trouver et à maintenir un équilibre.  Le psychologue procède donc à une analyse du travail et du « sujet agissant » dans le but de favoriser le « bien-être », gage d’efficacité, de santé et de performance individuelle et collective.

L’approche systémique est une approche interdisciplinaire adoptée par de nombreux professionnels. Toutes les interventions du cabinet Axis And Search Consulting reposent sur ce pré-requis.  Nous considérons les individus et leur organisation comme des sous-systèmes en interactions visant chacun des objectifs qu’il est question de connecter. Nos interventions consistent donc à produire avec nos clients des solutions destinées à générer ou à rétablir des états stables et compétitifs. Exemples : apaiser des conflits au sein d’une équipe de travail, neutraliser un turn-over élevé au sein d’une entreprise, résoudre une problématique professionnelle dans le cadre d’un coaching, trouver un profil faisant défaut à l’entreprise …

 

 

 

 

Le psychologue du travail soigne le travail parce qu’il est la source de bien-être ou de mal-être des hommes et des femmes qui l’accomplissent (CF : Yves Clot « clinique du travail »). Il accompagne également le travailleur ou la personne en recherche d’emploi dans sa quête de bien-être, d’efficacité et de flexibilité, tout comme il contribue à développer les performances des organisations en diagnostiquant et en traitant les comportements de fuite (absentéisme, turn over), de combat (séquestration de dirigeants, présentéisme, conflits) ou de soumission (culpabilisation, rumination,  burn-out, voire suicide).

 

 

3. bibliographie : concepts et application de la psychologie du travail et des organisations

 

Pour les étudiants et les professionnels qui souhaitent se familiariser avec les concepts et les applications de la PTO (Psychologie du Travail et des Organisations), nous conseillons les ouvrages suivants :

 

> Introduction à la psychologie du travail et des organisations – Concepts de base et applications Claude Louche Editeur Armand Colin 2007

> RH : les apports de la psychologie du travail Sous la direction de Claude Lévy-Leboyer, Claude Louche, Jean-Pierre Rolland  Editions d’organisation – 2006

> Evaluer pour former, orienter et apprécier le personnel – Psychologie du travail et Ressources Humaines Sous la direction de Gérard Pithon et Bernard Gangloff – Collection l’Harmattan 2005

> Les dimensions humaines du travail : Théories et pratiques de la psychologie du travail et des organisations » sous la direction de Eric Brangier, Alain Lancry, Claude Louche Presse Universitaire de Nancy – 2004

> Traité de psychologie du travail et des organisations Claude Lemoine et Jean Luc Bernard – Dunod – 2000

> La psychologie sociale Jean Maisonneuve PUF

> La fonction psychologique du travail Yves Clot – Collection Le travail Humain PUF – 5ème édition corrigée 2006

 

Nous vous invitons à lire le document joint :  Préface du livre « Les dimensions humaines du travail : Théories et pratiques de la psychologie du travail et des organisations » Presse Universitaire de Nancy 2004.

> Sur le développement de la psychologie du travail en France, en Europe et aux États-Unis :

 

 

 

 

Cécile Bueno-Klein, Consultante Psychologue du Travail

6 janvier 2013

 

 * La psychologie cognitive s’intéresse à l’ensemble des processus mentaux liés à la cognition, c’est-à-dire à la mémoire, au langage, raisonnement, apprentissage, intelligence, résolution de problèmes, prise de décision, perception ou attention.  La psychologie sociale s’intéresse aux processus psychologiques de l’homme en tant qu’être sociable et socialisé, autrement dit étudie à la fois l’individu dans ses relations aux autres et comme membre d’une société qui le forme et le contrôle bon gré, mal gré* (Dans La psychologie sociale Jean Maisonneuve PUF ). La psychologie sociale étudie les comportements tels que la soumission consentie (vous avez probablement vu le film d’Henri Verneuil I,comme Icare (1979)), les jugements, les performances, les affects. Cf. : Bilans et perspectives en psychologie sociale 1 et 2 sous la direction de Robert-Vincent Joule et Pascal Huguet PUF Grenoble 2006 et 2008. La psychologie du développement s’attache aux changements auxquels sont confrontés les individus au cours de leur vie et davantage à ceux de l’enfance et de l’adolescence.