SIRH : PROGRES, CYCLES OU REGRESSION ?

TRAVAIL COLLABORATIF 500GLSLes Sirh ont progressivement vu le jour avec la conjonction de nouvelles méthodes de gestion et le développement de l’informatique. Le thème lui-même de ‘Ressources Humaines’ s’il est relativement récent, ne doit pas faire oublier que, ce à quoi il se rattache, a pris naissance en France sous Napoléon III… en parallèle du développement de l’économie et des progrès sociaux majeurs dont fut directement responsable l’Empereur.

 

Dans les SIRH comme dans l’automobile ou les vêtements, il y a des phénomènes de mode, de cycles, même si les cycles eux-mêmes, ont une amplitude bien plus longue. Les modes quelles qu’elles soient, ont toujours une justification commerciale, et la commercialisation des Sirh n’échappe pas à cette règle. 

 

Historiques des cycles :

Il est utile pour en faire apparaître les cycles et les évolutions, d’analyser depuis 50 ans, les rapports de Dépendance-Autonomie entre les Services du Personnel-Paye-Rh, et ce qui deviendra l’informatique de Gestion :

***      Phase 1 : Dans les années 40-50, la comptabilité et le service Paye, effectuent les payes des salariés, l’informatique balbutie encore >> Autonomie.

***      Phase 2 : Dans les années 60-70, le développement informatique retire aux Rh la gestion directe de la paye, les Si (Service informatique) développent en interne des programmes de Paye et de Gestion des RH et livrent les Bulletins,  les états de gestion ou toutes autres demandes, au Service du Personnel  >> Dépendance.

***      Phase 3 : Dans les années 80-90 se développent des Progiciels comme Pacha , qui vont rendre aux Ressources humaines leur autonomie totale. Ils maintiennent, gèrent et développent l’activité des Sirh sans l’assistance fonctionnelle de l’informatique >> Autonomie.

***      Phase 4 : Les années 2000-2010 voient l’arrivée de gros systèmes, ERP (ou PGI) tous très semblables structurellement, entraînant la disparition de la diversité des offres. Ils prennent en charge l’ensemble des activités des entreprises et ôtent à nouveau aux Rh, l’autonomie acquise précédemment >> Dépendance.

 Complexité des SIRH : 

Il faut revenir sur l’image, un peu déformée par les services commerciaux de la complexité des Sirh, et voir ce que l’on trouve réellement derrière les fameux calculateurs et programmes.

BULLETIN DE PAIELe calcul de la paye et la gestion des Rh font appel à une informatique simple : nous ne sommes pas là dans la mise au point du calculateur à inertie du Rafale, dans la combustion du lanceur d’Ariane, ou dans le calcul de la flèche d’un obus du char Leclerc. Quelles que soient les payes, avec rétroactivité ou pas, on reste sur des multiplications, des divisions, des pourcentages et du tri basique.

La plupart des Entreprises sont en effet  persuadées d’avoir une paye très complexe. Même si bien-entendu, les payes des Navigants, du Btp ou de la Restauration sont plus ‘poussées’, on en reste toutefois dans des schémas et des analyses de premier niveau.

La complexité ne vient pas des calculs à réaliser mais bien plus de la gestion des Rh en amont, de la législation française et de la mauvaise organisation des chaînes de décision ou d’application.

Ce n’est donc pas pour des raisons fonctionnelles ou techniques que la quasi totalité des grandes entreprises sont en phase 4 et donc passées aujourd’hui au Sirh sur Erp. Le conseil et l’assistance à la sélection d’un nouveau système révèle souvent que ce choix n’est d’ailleurs presque jamais fait par les utilisateurs paye ou rh, mais imposé par les directions financières et même, les directions générales, sans vrai travail de réponse à un appel d’offre puisque tous les Erp sont quasiment semblables. 

L’évolution actuelle est-elle un progrès ou un retour vers l’archaïsme ?

Les avantageimagess des Erp sont connus : une intégration en temps réel de toutes les données Paye-Rh pour les directions nationales ou internationales. Que peut-on alors leur reprocher ?

Leur coût : ces systèmes demandent en général une à deux années de mise en place avec des équipes de 4 à 8 consultants et donc des coûts qui se chiffrent en millions d’euros. A l’issue, un Sirh qui certes fonctionne à merveille, mais qui est maintenu par une SSII, qui facture chaque mois les moindres modifications, les moindres états, les moindres demandes lambda, pour des sommes annuelles vertigineuses, compte-tenu de la crise ambiante.

Pourquoi la maintenance des Erp est-elle si coûteuse ?

Contrairement aux apparences et à l’enrobage Windows, les ‘programmes source’ ont en général plus de 20 ans et la complexité de ces systèmes rend les modifications laborieuses et donc très coûteuses. Des progiciels de paye comme Pacha-Cégid-Zadig, progiciels homogènes par essence, mettaient une demi-journée pour créer une prime, un écran et un état pour les Rh, alors qu’on a vu des Erp, lors de tests comparatifs, mettre 4 jours à deux personnes pour exactement le même travail …

A l’origine de ces problèmes, la conception même, car ce ne sont pas des produits ‘natif’ Ressources humaines, homogènes par essence car conçus par les mêmes équipes du métier Rh-Paye et dans un temps donné, mais au contraire, ils sont la conglomération hétérogène de x systèmes financiers ou autre, dont la fonction originelle n’a rien à voir avec la fonction terminale. On a associé par exemple à un produit de gestion, un logiciel d’exploitation externe, lui-même couplé à un extracteur issu d’une troisième logique. De surcroît, leur adaptation aux Rh n’a jamais été réalisée par des gens du métier mais sous-traitée à des cabinets informatiques sans compétence Rh aucune ou à des plates-formes en Indes ou en Tchéquie.              

En résumé les temps de mise en place et de maintenance ne sont pas dus aux performances intrinsèques des Erp mais à leur conception archaïque. Un Drh disait récemment lors d’un projet : «  Evidement, quand on sous-traite la transformation d’une machine à laver pour faire griller son pain, c’est plus cher et plus long que d’avoir le grille pain chez soi … » . Il faut bien se rappeler en outre que 80% des évolutions et du confort indéniable dans la Gestion des Rh de ces vingt dernières années ne sont pas dus aux Progiciels eux-mêmes mais au développement de la Micro-informatique, de Windows et d’Excel …

 

 Projections :

C’est juste avant d’atteindre son apogée qu’on décèle, en Économie, en Informatique comme en Histoire, les premiers symptômes des retournements de situation. Ceux qui en général les contestent initialement, deviennent ensuite et presque toujours, les plus motivés. Aujourd’hui, les Erp sont à leur apogée et le marché presque en entier est passé sous ce type de gestion. Mais alors que les derniers grands projets prennent fin, on ressent chez ceux qui les ont mis en place il y a une dizaine d’années, l’accumulation des problèmes décrits précédemment et le souhait chez les Drh comme chez les Di de passer dans une future  phase 5, pour retrouver sous de nouvelles formes et modernisés, l’autonomie, l’économie, la fiabilité et l’ergonomie des Progiciels de phase 3.

Cette évolution qui semble inéluctable, réduira au ¼ les coûts actuels de gestion des Rh et favoriserait la création et la valorisation d’emplois en interne.

                   

Auteur : Thibaut Carré, Delos Conseil, octobre 2013.